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Dimensionner sa distribution électrique sur un tournage

La lumière consomme, et le décor ne fournit pas toujours. Voici comment poser le calcul avant la commande, avec les ordres de grandeur qu'on utilise vraiment sur le terrain.

Dossier techniqueMis à jour le 5 août 2026

Trois questions reviennent sur chaque prépa : combien ça consomme, est-ce que la ligne tient, et faut-il un groupe. Les trois se répondent avec des calculs simples, à condition de les poser avant de commander plutôt qu'au moment de brancher.

Cet article donne la méthode et les ordres de grandeur. Il ne remplace pas l'intervention d'un électricien qualifié : le raccordement à une installation, le choix des protections et la conformité relèvent de sa responsabilité.

1. Convertir des watts en ampères

Un disjoncteur ne compte pas des watts, il compte des ampères. La conversion en monophasé 230 V est directe :

intensité (A) = puissance (W) ÷ 230

Un 2,5 kW tire donc environ 11 A, un 4 kW environ 17 A, un 575 W environ 2,5 A. En triphasé 400 V, la formule devient puissance ÷ (400 × 1,73), ce qui répartit la charge sur trois phases.

Deux corrections comptent en pratique. Les sources à décharge (HMI) appellent un courant de démarrage nettement supérieur au régime établi, et leur ballast a un rendement qui n'est pas de cent pour cent : comptez large. Les LED modernes sont beaucoup plus sages, mais leurs alimentations à découpage se comportent mal en bout de longue ligne.

Puissance des sources courantes en ampères Quatre sources courantes converties en ampères sur une ligne monophasée 230 volts, comparées au seuil d'un disjoncteur 16 ampères. Un 575 watts tire environ 2,5 A, un 1,2 kW environ 5 A, un 2,5 kW environ 11 A et un 4 kW environ 17 A, soit déjà au-delà du 16 A. Conversion en monophasé 230 V 0 5 10 15 20 25 A disjoncteur 16 A 575 W 2,5 A 1,2 kW 5 A 2,5 kW 11 A 4 kW 17 A intensité (A) = puissance (W) ÷ 230. Sur le terrain, divisez par 200 : la marge est déjà dedans.
Sur une ligne 16 A, un 4 kW passe seul et rien d'autre. C'est le genre de constat qui se fait mieux en prépa que devant un disjoncteur qui vient de sauter.
Le raccourci utile. En monophasé, divisez les watts par 200 plutôt que par 230. Vous obtenez une intensité légèrement majorée, ce qui vous donne la marge dont vous aurez besoin.

2. Additionner, puis majorer

Le total se fait décor par décor, jamais sur l'ensemble du parc. Ce qui compte, c'est ce qui sera allumé en même temps au même endroit.

Et le moment critique n'est pas la prise : c'est l'essai, quand tout est allumé pour juger un équilibre, avant qu'on éteigne les sources inutiles. Votre calcul doit couvrir ce pic, pas la moyenne de la journée.

La règle de terrain tient en une phrase : additionnez les puissances, ajoutez trente pour cent, et comparez à ce que le lieu peut vraiment fournir. Si les deux nombres sont proches, la question du groupe est déjà tranchée.

ArrivéePuissance utile en monophaséCe que ça représente
16 Aenviron 3,5 kWUne source moyenne et ses appoints
32 Aenviron 7 kWUn petit décor intérieur
63 Aenviron 14 kWUn décor confortable
Triphasé 32 Aenviron 22 kWUn plateau, si la charge est équilibrée

Ces valeurs sont des ordres de grandeur, pas des règles de calcul réglementaire. Elles servent à décider quoi commander, pas à valider une installation.

3. Équilibrer les phases

En triphasé, la puissance disponible ne vaut que si elle est répartie. Trois phases de 32 A ne donnent pas 22 kW sur une seule d'entre elles : elles donnent trois fois environ 7 kW.

Concrètement, on répartit les grosses sources sur des phases différentes, et on note sur quelle phase est branché quoi. C'est le genre de chose qu'on croit retenir et qu'on oublie dès qu'une source bouge.

Un déséquilibre marqué fait disjoncter une phase alors que le total semble largement dans les clous, et c'est un des dépannages les plus frustrants du plateau parce que le calcul global, lui, était juste.

4. Choisir la section de câble

Deux contraintes se cumulent : l'échauffement, qui dépend de l'intensité, et la chute de tension, qui dépend de l'intensité et de la longueur.

Sur les courtes distances, l'échauffement commande. Sur les longues, c'est la chute de tension qui décide, et c'est elle qu'on sous-estime : une ligne qui ne chauffe pas peut très bien livrer une tension trop basse en bout de course.

SectionUsage courantLongueur à surveiller
1,5 mm²Petites sources, prolongateurs courtsAu-delà de 25 m environ
2,5 mm²Prolongateur 16 A standardAu-delà de 40 m environ
6 mm²Ligne 32 AAu-delà de 50 m environ
16 mm² et plusAlimentation de coffret, groupeSelon calcul

Une tension trop basse ne se manifeste pas par une panne franche mais par des symptômes trompeurs : une LED qui refuse de démarrer alors qu'elle fonctionnait ailleurs, un HMI qui n'amorce pas, un gradateur qui se comporte mal. On cherche la panne dans la source alors qu'elle est dans les cinquante mètres de câble en amont.

Section de câble et longueur de ligne Quatre sections de câble et la longueur jusqu'à laquelle chacune reste confortable avant que la chute de tension devienne gênante : environ 25 mètres en 1,5 mm², 40 mètres en 2,5 mm², 50 mètres en 6 mm², au-delà en 16 mm². Jusqu'où chaque section reste confortable longueur de la ligne section 0 20 40 60 80 100 m 1,5 mm² 2,5 mm² 6 mm² 16 mm² confortable surveiller la chute de tension
Les longueurs sont indicatives, pas réglementaires : elles servent à décider quoi commander. Au-delà, ce n'est pas l'échauffement qui gêne, c'est la tension qui manque en bout de ligne.
Le réflexe. Dès qu'une ligne dépasse trente ou quarante mètres, montez d'une section plutôt que de rester au minimum théorique. Le surcoût de location est dérisoire comparé à une heure de recherche de panne.

5. Secteur ou groupe

Le secteur est gratuit, silencieux et déjà là. Le groupe coûte, fait du bruit, demande du carburant et quelqu'un pour le surveiller. On ne prend un groupe que quand on ne peut pas faire autrement, mais on le prend franchement quand c'est le cas.

Les situations qui l'imposent sont connues : le décor ne fournit pas assez, l'installation est trop ancienne pour qu'on s'y raccorde sereinement, on tourne en extérieur sans arrivée, ou la production ne veut prendre aucun risque de coupure sur un décor coûteux.

Le point qu'on néglige, c'est le bruit. Un groupe s'éloigne, et s'éloigner veut dire des longueurs de câble, donc de la section, donc du budget et du temps de mise en place. Cette distance se décide en repérage, pas le matin du tournage.

Un groupe se dimensionne comme une arrivée : puissance de crête majorée, phases équilibrées, et une réserve pour le démarrage des sources à décharge.

6. Ce qu'on emporte pour vérifier

Un multimètre permet de contrôler la tension à l'arrivée et en bout de ligne, ce qui est la mesure la plus utile de la journée. Un testeur de prise vérifie la polarité et la présence de terre en deux secondes. Une pince ampèremétrique mesure ce qui passe réellement, et donne souvent des surprises.

Le contrôle de la terre n'est pas optionnel : sur une installation ancienne ou un décor bricolé, c'est le premier point à vérifier avant de brancher quoi que ce soit.

Ces calculs prennent dix minutes en prépa et évitent la question posée à voix haute sur le plateau : « pourquoi ça a sauté ? ». Ils se posent une fois, se notent dans le projet, et se relisent au moment de la commande.

Dans Cinecyclop, l'outil Puissance travaille sur la liste en cours : il additionne ce qui est réellement dans la commande, décor par décor. La checklist de prépa lumière reprend ces points au moment où ils se décident.

Questions fréquentes

Comment convertir des watts en ampères sur un tournage ?

En monophasé 230 V, divisez la puissance en watts par 230. Un 2,5 kW tire donc environ 11 A. En pratique, divisez plutôt par 200 : vous obtenez une valeur légèrement majorée qui vous laisse la marge nécessaire. En triphasé 400 V, la formule devient puissance ÷ (400 × 1,73).

Quelle marge prévoir sur une puissance de tournage ?

Environ trente pour cent au-dessus du total des sources allumées simultanément dans un même décor. Le pic de consommation n'arrive pas pendant la prise mais pendant les essais, quand tout est allumé en même temps pour juger un équilibre.

Quand faut-il un groupe électrogène ?

Quand l'arrivée disponible ne couvre pas le pic majoré, quand l'installation est trop ancienne pour s'y raccorder sereinement, en extérieur sans arrivée, ou quand la production ne veut prendre aucun risque de coupure. Le bruit impose de l'éloigner, ce qui se traduit en longueurs de câble à prévoir dès le repérage.

Pourquoi une LED ne démarre-t-elle pas en bout de longue ligne ?

Souvent à cause de la chute de tension. Sur une grande longueur avec une section trop faible, la tension en bout de ligne descend sous le seuil de démarrage de l'alimentation. La source fonctionne pourtant parfaitement ailleurs. Le réflexe est de monter d'une section au-delà de trente à quarante mètres.

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